Dix-huit mois sans un article sur ce blog. En 2019, j’écrivais ici un papier intitulé « halte à la stratégie du cordonnier », dans lequel je me moquais de moi-même parce que mon blog n’avait pas bougé depuis 2016. Sept ans plus tard, je récidive. Le cordonnier est toujours mal chaussé, mais il revient — et cette fois avec un sujet dont mes clients me parlent à chaque rendez-vous.
La question tombe toujours de la même façon : « Olivier, comment on fait pour que ChatGPT parle de nous ? »
Pendant longtemps, ma réponse spontanée aurait été simple : soyez bien référencés sur votre requête, et les IA vous reprendront. C’est logique, c’est rassurant, et c’est incomplet. Ce n’est pas votre page qui sera citée. C’est la page qui vous cite. On fait le point…
1. La question que l’IA pose n’est pas la vôtre
Commençons par la mécanique, parce que tout découle de là. Quand un client vous cherche via ChatGPT, l’IA ne va pas interroger le web avec sa phrase exacte. Elle la décompose, la reformule en plusieurs sous-questions, lance plusieurs recherches distinctes, puis synthétise ce qu’elle a trouvé. C’est ce qu’on appelle le query fan-out, l’éclatement de la requête.
Un dirigeant tape : « je cherche quelqu’un pour restructurer la fonction RH de ma PME ». L’IA, elle, va chercher « meilleurs cabinets de conseil RH », « cabinet conseil RH PME », « comparatif cabinets conseil ressources humaines ». Sa réponse se construit à partir de ces recherches-là.
C’est ce qui explique un chiffre souvent mal interprété. Ahrefs, en août 2025, sur 15 000 requêtes de longue traîne : seuls 12 % des liens cités par ChatGPT, Gemini et Copilot figurent dans le top 10 de Google pour la requête exacte posée par l’utilisateur.
On en conclut souvent, à tort, que le référencement ne servirait plus à rien. C’est l’inverse. Ce chiffre ne dit pas que Google ne compte plus : il dit que Google compte sur d’autres requêtes que celle que votre client a tapée. Les requêtes qui comptent, ce sont les reformulations de l’IA. Et ces reformulations, ce sont presque toujours des questions de type « meilleurs », « top », « comparatif ».
La question utile n’est donc plus « suis-je premier sur mon métier ». Elle devient : qui est premier sur « les meilleurs » de mon métier, et est-ce que j’y figure ?
2. Les classements sont le premier format que les IA citent
Ce n’est pas une intuition de consultant, c’est mesuré. Le Wix Studio AI Search Lab a analysé, dans une étude publiée en mars 2026, 75 000 réponses d’IA et plus d’un million de citations sur ChatGPT, Google AI Mode et Perplexity. Voici la répartition des citations par type de page :
| Type de page | Part des citations IA |
|---|---|
| Classements et comparatifs (« les meilleurs… », « top 10 ») | 21,9 % |
| Articles de fond | 16,7 % |
| Pages produit ou service | 13,7 % |
Ces trois formats représentent à eux seuls 52 % des citations. Source : Wix Studio AI Search Lab, 75 000 réponses IA et plus d’un million de citations, mars 2026.
Et le chiffre qui compte vraiment pour une entreprise qui cherche des clients : sur les questions à intention commerciale — celles d’un prospect prêt à acheter — les classements captent 40 % des citations, soit près du double de n’importe quel autre format.
Autrement dit, quand votre futur client demande à une IA qui pourrait l’aider, la machine va chercher un classement. Si vous n’êtes pas dans ce classement, vous n’existez pas dans sa réponse — quelle que soit la qualité de votre site.
L’étude ajoute une observation que je trouve rassurante : c’est l’intention de la question qui détermine le format cité, davantage que le secteur d’activité ou le modèle d’IA interrogé. La mécanique est donc la même pour un cabinet de conseil, un artisan ou un éditeur de logiciel.
3. Ma méthode : trois mouvements, pas un
C’est ici que se trouve le cœur de mon travail, et le point que je vois le plus souvent manqué. Obtenir des citations dans les IA repose sur trois mouvements qui n’ont de sens qu’ensemble.
1. Référencer correctement votre propre site
Cela reste le socle, et rien ne le remplace. Un site lent, mal structuré, sans contenu utile ne convaincra ni Google ni une IA. C’est aussi votre page qui devra tenir la promesse quand le prospect finira par y arriver. On ne construit rien de solide au-dessus d’un site négligé.
2. Obtenir des citations de votre marque sur d’autres sites
C’est le mouvement décisif, et le moins pratiqué. Il s’agit de faire apparaître votre nom ailleurs que chez vous : dans des classements — les « top 10 » et les « quel est le meilleur… » de votre métier — et dans des articles de fond pertinents publiés par des sites spécialisés et des médias de votre secteur.
Les deux formats que citent le plus les IA sont précisément ces deux-là : classements et articles de fond, soit près de 39 % des citations à eux seuls. Ce n’est pas un hasard : ce sont les endroits où une marque peut légitimement être nommée par quelqu’un d’autre qu’elle-même.
3. Faire positionner ces pages tierces dans Google
Et c’est là que tout se joue. Être cité dans un classement ne suffit pas : encore faut-il que ce classement soit trouvé par l’IA. Or ChatGPT va chercher ses informations sur le web comme n’importe qui, en interrogeant les moteurs. Un classement publié sur une page que personne ne référence, invisible sur « meilleurs cabinets de conseil RH », ne sera jamais lu par une IA. Il ne vous sert à rien.
Il faut donc travailler le référencement de ces pages-là : structure, autorité, liens entrants, fraîcheur. Du référencement naturel tout ce qu’il y a de plus classique, appliqué non pas à votre site mais aux pages qui parlent de vous.
C’est pourquoi je n’oppose jamais le référencement naturel et la visibilité IA : le SEO est ce qui rend visible la page qui vous cite, et cette page est ce qui vous rend citable. L’un ne remplace pas l’autre, il le sert.
Un exemple concret. Tapez « les meilleurs cabinets de conseil RH » dans Google : les pages qui sortent en tête sont celles que les IA iront lire. Les cabinets qui figurent dans ces pages ressortent ensuite dans ChatGPT quand un dirigeant pose sa question autrement. Ceux qui n’y figurent pas restent invisibles, même avec un excellent site.
4. Les IA font confiance aux tiers, pas à vous
Cette logique se vérifie quand on regarde où les IA vont chercher. La société Profound a analysé 680 millions de citations entre août 2024 et juin 2025. Les habitudes sont nettes : ChatGPT s’appuie massivement sur Wikipédia (7,8 % de l’ensemble de ses citations), Perplexity privilégie Reddit (6,6 %), et Google AI Overviews mêle Reddit (2,2 %), YouTube (1,9 %) et Quora (1,5 %).
Aucune de ces sources n’est le site d’une entreprise. Encyclopédies, forums, vidéos, plateformes de questions-réponses, classements sectoriels : ce qui se dit de vous ailleurs pèse plus lourd que ce que vous dites de vous chez vous. C’est déstabilisant quand on a investi dans son site, mais c’est plutôt sain : une machine qui ne croirait que l’autopromotion serait une machine inutile.
Une précision au passage, parce que ce chiffre circule sous une forme déformée. On lit un peu partout que « Wikipédia représente 47,9 % des sources de ChatGPT », ce qui serait colossal. En réalité ces 47,9 % désignent la part de Wikipédia à l’intérieur des dix sources principales de ChatGPT, pas de l’ensemble de ses citations, où elle pèse 7,8 %. Je le signale parce que c’est symptomatique : beaucoup de chiffres tournent sur le sujet, recopiés d’un article à l’autre sans que personne ne remonte à l’étude.
Sources : Wix Studio AI Search Lab (75 000 réponses IA, mars 2026) et Ahrefs (15 000 requêtes, août 2025).
À retenir
- L’IA ne cherche pas la phrase de votre client : elle la reformule en « meilleurs… », « top… », « comparatif… ».
- Les classements sont le premier format cité par les IA (21,9 % des citations) et captent 40 % des citations sur les questions d’achat.
- Trois mouvements, pas un : référencer son propre site, obtenir des citations dans des classements et des articles tiers, puis faire positionner ces pages dans Google.
- Une citation sur une page invisible ne produit rien — l’IA cherche ses informations sur le web, comme tout le monde.
- Le SEO ne disparaît pas : il devient ce qui rend visible la page qui vous cite.
5. Par où commencer, concrètement
Si vous devez retenir un ordre de marche, le voici.
Mettre son propre site au propre
Avant tout le reste. Vitesse, structure des pages, contenus qui répondent vraiment aux questions de vos clients. Ce n’est pas la partie qui fait rêver, c’est celle sans laquelle rien ne tient.
Identifier les pages qui font autorité sur « les meilleurs » de votre métier
Listez les requêtes en « meilleurs », « top » et « comparatif » de votre secteur, regardez qui sort en tête, et vérifiez si vous y figurez. Vous obtenez ainsi, en une demi-heure, la liste exacte des pages sur lesquelles il faut travailler. C’est votre feuille de route.
Se faire citer, avec un motif légitime
On ne décide pas d’être cité, on construit les raisons de l’être : une expertise réelle, des références vérifiables, des données que vous seul possédez. Les classements sérieux appliquent des critères — il faut pouvoir y répondre.
Faire monter ces pages dans Google
C’est la partie que la plupart des prestataires oublient, et celle qui fait toute la différence entre « on m’a cité quelque part » et « les IA me citent ». Une citation sur une page invisible ne produit rien.
Mesurer, sinon on parle dans le vide
« Être visible dans l’IA » ne veut rien dire si personne ne le mesure. Chez mes clients, je teste chaque mois un même panel de questions métier sur plusieurs IA, et je relève qui est cité : eux, leurs concurrents, ou personne. Le même panel, tous les mois, pour que la comparaison ait un sens. Sans cette mesure répétée, on avance à l’intuition — et l’intuition se trompe, cet article part du constat que la mienne se trompait.
6. Le test que vous pouvez faire ce soir, sans aucun outil
Vous n’avez besoin de rien pour commencer, et le résultat est souvent instructif.
Première étape : tapez dans Google « les meilleurs » suivi de votre métier et de votre zone — « les meilleurs cabinets de conseil RH », « les meilleurs couvreurs en Limousin ». Regardez les trois premières pages qui sortent. Ce sont elles que les IA liront. Y figurez-vous ?
Deuxième étape : posez à ChatGPT la question d’un client qui ne vous connaît pas — pas « parle-moi de mon entreprise », qui ne prouve rien. Puis examinez la réponse avec trois questions en tête : êtes-vous cité, qui l’est à votre place, et sur quelles sources l’IA s’appuie-t-elle — car elle les affiche généralement.
Troisième étape : recommencez sur Perplexity et Gemini. Vous obtiendrez souvent trois réponses différentes avec trois listes de sources différentes. Cette divergence est l’information à exploiter : elle vous dit où vous existez déjà et où il faut travailler.
Si vous êtes absent partout, ce n’est pas une catastrophe : c’est le cas de la grande majorité des entreprises françaises aujourd’hui. C’est surtout une fenêtre, et les fenêtres de ce genre ne restent pas ouvertes très longtemps.
7. Ce que la visibilité IA n’est pas
Un mot de prudence, parce que le sujet attire beaucoup de promesses hasardeuses.
Ce n’est pas un interrupteur. Personne ne peut vous garantir une citation dans ChatGPT, pour la simple raison que personne ne contrôle ce que la machine reprend. Un prestataire qui vous garantit un résultat chiffré dans les réponses IA vend quelque chose qu’il ne maîtrise pas.
Ce n’est pas non plus la fin du référencement classique — j’espère avoir montré le contraire. Et ce n’est pas une recette technique : j’ai vu passer assez de « révolutions », de Google Authorship au mobile-first, pour me méfier des méthodes miracles. À chaque fois la profession a annoncé la fin du SEO ; à chaque fois les fondamentaux ont tenu.
Questions fréquentes
Faut-il abandonner le SEO pour faire du GEO ?
Non, et l’opposition est trompeuse. Les IA citent majoritairement des classements et des articles publiés par des tiers, et elles les trouvent en interrogeant les moteurs de recherche. Le SEO est donc ce qui rend visible la page qui vous cite : sans lui, l’IA ne la lit jamais.
Pourquoi mon concurrent est-il cité par ChatGPT alors qu’il est derrière moi dans Google ?
Parce que l’IA ne cherche pas la requête sur laquelle vous êtes premier. Elle reformule la question du client en « meilleurs… » ou « comparatif… », et cite les classements qui sortent sur ces requêtes-là. Votre concurrent figure probablement dans ces classements, et vous non.
Quel type de contenu les IA citent-elles le plus ?
Les classements et comparatifs, qui représentent 21,9 % des citations, devant les articles de fond (16,7 %) et les pages produit (13,7 %). Sur les questions à intention commerciale, les classements montent à 40 % des citations, soit près du double de tout autre format (Wix Studio AI Search Lab, mars 2026).
Suffit-il d’être mentionné dans un classement ?
Non. Le classement doit lui-même être bien positionné dans Google sur les requêtes en « meilleurs » et « comparatif » de votre secteur, sinon l’IA ne le rencontrera jamais : elle cherche ses informations sur le web, comme tout le monde. C’est un travail en deux temps — y figurer, puis faire monter la page.
Concrètement, en quoi consiste le travail ?
En trois mouvements. D’abord référencer correctement votre propre site, qui reste le socle. Ensuite obtenir des citations de votre marque sur d’autres sites, dans des classements et des articles de fond pertinents de votre secteur. Enfin faire positionner ces pages tierces dans Google, sans quoi les IA ne les liront pas. Les trois n’ont de sens qu’ensemble.
Peut-on mesurer sa présence dans les réponses IA ?
Oui. On définit un panel de questions métier représentatives, on les pose chaque mois aux différentes IA, et on relève qui est cité. C’est la seule façon de savoir si l’on progresse — et de constater qu’une plateforme vous cite quand une autre vous ignore.
Ce que j’en pense, avec le recul
Je suis consultant en référencement depuis 2009. Ce qui change vraiment aujourd’hui n’est pas la technique : c’est l’objet du travail. On ne cherche plus seulement à bien placer votre page, on cherche à placer votre nom dans les pages que la machine consulte, et à faire monter ces pages. C’est le sujet de mon travail sur la visibilité dans les IA, et honnêtement, c’est la partie la plus intéressante du métier depuis longtemps — parce qu’elle remet le référencement au centre, là où beaucoup annonçaient sa fin.
Et pour ce blog : cette fois, je tiens le rythme. Je le dis en sachant très bien ce que valaient mes promesses de 2019.
Les trois choses à faire cette semaine
- Cherchez « les meilleurs » + votre métier dans Google, et regardez si vous figurez dans les pages qui sortent en tête.
- Posez la vraie question d’achat de votre client à ChatGPT, Perplexity et Gemini, et notez qui est cité à votre place.
- Fixez un panel de cinq questions métier et reposez-les dans un mois, à l’identique. Sans mesure répétée, aucune conclusion n’est possible.